La blockchain, un outil pour l’énergie intelligente ?

Et si la blockchain était un outil incontournable pour tirer le maximum du potentiel du cloud et des données de consommation d’énergie en toute sécurité ?

L’électricité a d’abord été imaginée comme une source locale d’énergie proche de son lieu de consommation avant que n’apparaisse la première centrale à courant alternatif et le réseau longue distance de Nikola Tesla. La tendance s’inverse aujourd’hui grâce aux développement des NTIC, avec des acteurs à la fois consommateurs et fournisseurs d’énergie au sein d’un réseau intelligent maintenant bidirectionnel. Le compteur électrique est la clé de voute entre fournisseurs et clients du smart grid, et concentre tous les enjeux de transaction, de confiance et de sécurité liés à une énergie toujours plus intelligente et flexible. La donnée suit la même tendance que l’électricité, avec une organisation historiquement locale (on premises), puis globale (cloud), et de plus en plus décentralisée (cloud privé, peer 2 peer) avec un potentiel de valeur élevé pour concrétiser la smart factory (entre autres), mais aussi des craintes sur la cybersécurité. Et c’est justement sur ce dernier enjeu que la blockchain a tout son sens.

La blockchain a été d’abord conçue pour le Bitcoin afin de garantir l’intégrité et la véracité des transactions de cette monnaie virtuelle, en se passant d’autorité centrale grâce à une architecture distribuée. Un registre anonyme, confidentiel et ubiquiste structuré par un réseau d’ordinateurs pairs (appelés mineurs) qui « notarise » les données dans une logique de protocole de confiance dispensant de tiers de confiance. Toute tentative de falsification est en effet trop coûteuse et découragée par la redondance infinie de l’information en aval et en amont d’une opération. Même encore jeune, cette brique technologique présente des avantages certains pour gérer de manière sécurisée les données et leur utilisation décentralisée : puissance de calcul gigantesque (256 fois celle des 500 plus puissants superordinateurs du monde d’après Forbes !), garantie d’accessibilité, de transparence, d’inviolabilité, de traçabilité et d’irréversibilité des opérations, etc.

Appliquées à l’énergie et associées à l’IIoT (Internet des Objets Industriels), au cloud et à la data science, des blockchains comme Ethereum ou Scanergy permettent de rendre accessibles plusieurs usages à forte valeur ajoutée qui étaient historiquement trop lourds ou coûteux à gérer seul : auditer automatiquement les émissions de CO2 d’un parc mondial d’usines ou d’une centrales de production solaire disposant de plusieurs centaines de compteurs communicants, garantir l’absence d’erreur dans la facturation de l’énergie et le bon calibrage du compteur qui a servi à produire la facture, créer un marketplace d’énergie renouvelable basé sur un microgrid entre particuliers, etc. Le minage (ou ajout de bloc de contribution) de la blockchain a d’ailleurs dans le cas du Bitcoin le même pas de temps par défaut de 10 minutes que le pas de temps de mesure des compteurs électriques les plus courants. Reste cependant une interrogation concernant le coût en énergie des calculs liés à la blockchain, faramineux pour l’instant, à ajouter à celui déjà élevé des datacenters.

L’intelligence énergétique ne passe bien sûr pas que par les compteurs ou la blockchain, mais c’est peut-être un outil de plus pour concrétiser cet objectif.

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